Culture

Kerry James Marshall, peintre de la complexité noire, célébré à Paris

Published on سبتمبر 18, 2026 at 08:37

Le peintre américain Kerry James Marshall, le 17 septembre 2026 au Musée d'art moderne de Paris — Joel Saget / AFP
L'artiste américain Kerry James Marshall, le 17 septembre 2026 au Musée d'art moderne de Paris — Joel Saget / AFP
Le peintre américain Kerry James Marshall, le 17 septembre 2026 au Musée d'art moderne de Paris — Joel Saget / AFP

"Le noir n'est pas une impasse": célébré dans une exposition parisienne, le peintre Kerry James Marshall place des hommes et femmes noirs au centre de ses toiles, dévoilant autant la "complexité" chromatique d'une couleur que l'âpreté du combat des Afro-Américains pour l'égalité.

Salons de coiffure bondés, living rooms endeuillés ou chambres plongées dans la pénombre... Les 70 toiles monumentales exposées jusqu'à fin janvier au Musée d'art moderne dessinent en creux une histoire de l'Amérique noire, que cet artiste de renommée mondiale capture depuis plus de quarante ans.

"Il serait faux de penser qu'il n'y a pas eu de personnes noires dans les peintures jusqu'à ce que j'ai une forme de révélation", explique à l'AFP l'artiste de 70 ans, citant les oeuvres de son mentor américain Charles White (1918-1979), des tableaux de Jérôme Bosch du XVIe siècle et même des statues de l'Antiquité grecque.

Inspiré lui-même par Fragonard ou Manet, Kerry James Marshall revendique toutefois de faire de la couleur noire un "sujet dominant", lui qui a été happé par la peinture à l'âge de 10 ans à la faveur d'une sortie scolaire en Californie.

"C'est dominant parce que j'utilise la couleur noire pas simplement comme marqueur d'une certaine identité mais comme un outil rhétorique pour que les gens puissent voir cette couleur autrement que comme une impasse", explique l'artiste, dont c'est la première rétrospective en France.

"Le noir n'est pas une non-couleur, elle peut être aussi complexe et riche que n'importe quelle autre couleur", dit-il, une analyse artistique qui fait aussi écho au combat des Afro-Américains traversant subtilement son oeuvre.

Chez Marshall, les détails n'en sont pas vraiment.

Dans une de ses pièces maîtresse, "De Style" (1993), les clients d'un salon de coiffure afro dévisagent le spectateur d'un air énigmatique, devant un calendrier mural dévoilant la date du passage à tabac de Rodney King par des policiers en 1991 à Los Angeles, qui déclencha, quelques mois plus tard, six jours de violentes émeutes.

Dans "Black Painting" (2003), fascinant grand format où l'on discerne à peine un couple enlacé dans une chambre à coucher plongée dans l'obscurité, trône sur la table de nuit un livre d'Angela Davis, militante afro-américaine et ancienne membre des Black Panthers. 

"La première chose que vous allez voir, c'est qu'il y a des personnages noirs mais après il faut s'éloigner de cela et regarder tout ce qui se passe ailleurs dans la peinture", souligne Kerry James Marshall, qui a assisté enfant aux émeutes raciales du quartier de Watts, à Los Angeles, en 1965.

Le message peut être parfois plus direct.

Sa série "Souvenir" dépeint une chambre funéraire honorant trois personnalités assassinées dans les années 1960 -John Fitzgerald Kennedy, son frère Robert et le leader des droits civiques Martin Luther King- mais sur laquelle planent les fantômes de figures moins célébrées comme Malcolm X ou les quatre fillettes noires tuées dans un attentat du Klu Klux Klan en 1963.

"Certaines peintures font bien évidemment référence au deuil, au souvenir" et aux interrogations des Afro-Américains sur le point de savoir si "les rêves nés dans les années 1960 sont devenus réalité", dit à l'AFP le commissaire de l'exposition Mark Godfrey.

Mais selon lui, les toiles de Marshall donnent surtout à voir des Afro-américains "maîtres d'eux-mêmes", à l'image de l'artiste lui-même.

Interrogé sur les menaces qui pèseraient sur les artistes dans l'Amérique de Trump, Kerry James Marshall se montre ainsi intraitable.

"Je fais ce que je veux", tranche-t-il. "Je suis guidé par ce que je juge nécessaire de faire moi-même et je le fais. Personne ne me limite. Vous ne pouvez pas m’empêcher de faire des peintures."

"Si vous avez l'impression que quelqu'un peut vous empêcher de faire quelque chose", ajoute-t-il, "alors ça veut dire que vous ne faites pas ce qu'il faut".

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