Ségolène Royal, le comeback permanent
Vingt ans après son élection perdue face à Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal rêve toujours d'un destin présidentiel et table sur son "expérience" et sa notoriété pour bouleverser la primaire socialiste. Une périlleuse tentative de comeback, en solitaire, pour celle qui assure n'avoir plus "rien à prouver".
Vendredi, à la foire agricole de Châlons-en-Champagne, passage presque obligé des candidats et ambitieux de 2027, son visage est reconnu de tous.
"Tiens donc, Ségolène ! Elle a pas changé", glisse Pascal à l'oreille de sa compagne Claudette. "Je la trouve même plus jeune qu'avant", lui répond celle-ci, étonnée de la croiser ici.
Ce couple de retraités du coin s'arrête quelques minutes et observe avec intérêt l'ancienne candidate à l'Elysée.
"Ce qui est formidable avec des gens comme ça, c'est qu'ils n'arrêtent jamais d'y croire. Mais à un moment, on arrête", reprend le mari. Lui vote "droite, gaulliste, style Retailleau", mais tout de même, "ça fait plaisir de la voir".
Curiosité réelle ou nostalgie d'une époque dépassée ? A bientôt 73 ans, Ségolène Royal, elle, assume une candidature "d'expérience" et de "transmission": "Je n'ai rien à prouver, je n'ai pas de carrière politique à faire, j'ai fait mes preuves", martèle l'ancienne ministre de l'Environnement, enchaînant selfies et sourires, entre verre de champagne, caresses à un poulain et photos, brique de "lait équitable" à la main.
Celle qui assure ne faire qu'une "offre de service" à la gauche n'en est pourtant pas à sa première tentative de retour au premier plan.
Tantôt au PS, où elle fut battue à la primaire présidentielle de 2012. Tantôt aux côtés de Jean-Luc Mélenchon, qu'elle a soutenu en 2022 avant de s'imaginer, un temps, conduire une liste d'union soutenue par LFI aux européennes de 2024...
C'est aussi elle qui se manifesta par écrit fin 2024 auprès d'Emmanuel Macron après la censure de Michel Barnier, se rendant "disponible" en vue d'une nomination à Matignon.
A l'Elysée, Ségolène Royal entend "changer la forme d'exercice du pouvoir" et instaurer une politique "apaisée", "modeste", "humaine". "C'est la France tranquille", glisse-t-elle, sans remarquer le parallèle avec la "Force tranquille", célèbre slogan de campagne de François Mitterrand en 1981.
"Je suis la dernière mitterrandiste, peut-être", s'amuse-t-elle.
Hors de question, par contre, de juger ses adversaires Raphaël Glucksmann ou Olivier Faure
- "je parle aux Français" -
et encore moins d'évoquer les ambitions de son ancien compagnon François Hollande, qui dira en décembre s'il se lance dans la course.
Sur ses chances de l'emporter, la même prudence: "Personne ne sait ce que ça va donner", c'est la "magie de la politique".
Difficile également de sonder la ligne politique de Ségolène Royal, avare en propositions concrètes. Elle en avance quelques unes, néanmoins, comme l'installation de caméras dans le périscolaire. Ou encore l'abaissement de la TVA sur les produits alimentaires français.
Et décline une promesse pour le moins osée : "Avec moi, il n'y aura pas de mouvement social."
Pour Ségolène Royal, c'est aussi une campagne très solitaire qui s'annonce, elle qui ne dispose que d'une équipe très restreinte, pilotée par le maire d'Alfortville Luc Carvounas.
Sa réputation la précède tout de même, autant que son caractère bien trempé : "Glucksmann, il ne tient pas dix minutes face à Royal. Elle est sans limite et il n'est pas bon", pronostique une actuelle membre du gouvernement.
"Avec elle, ça peut être rock 'n' roll", glisse encore un membre du Conseil national du PS. Un député socialiste se montre moins enthousiaste: "Les gens ont un peu oublié qui elle était".
Pour être candidate à la primaire, Ségolène Royal va tout de même devoir réunir les parrainages nécessaires. Son équipe table sur la signature de 15 conseillers nationaux.
"Ce n'est pas si simple car on n'a pas de courant. Mais on n'est pas inquiets", assure l'un de ses proches, comptant sur le fait que "beaucoup n'ont pas envie que le candidat du PS ne vienne pas du PS". Autre argument avancé: "c'est la seule femme" sur la ligne de départ.
Nouvel échec ou comeback surprise ? "Je suis dans mon couloir, en harmonie", sourit l'ancienne présidente de la région Poitou-Charentes. "De toute façon, ma prise de parole sera utile."
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