Lecornu présente un budget "offensif", avec 54 milliards d'économies
Sébastien Lecornu a présenté jeudi les grandes lignes d'un budget pour 2027 qu'il veut "offensif" avec un "effort" d'économies massif de 54 milliards d'euros, laissant au Parlement le soin de trancher certaines mesures comme celles, sensibles, concernant les retraités.
La gauche et la CGT ont immédiatement exprimé leur réprobation, voire leur colère, tandis que les dirigeants du RN attendent de "voir la copie".
Si le Parlement "endosse" ce "plan de redressement" qui sera présenté en conseil des ministres le 1er octobre, la cible d'un déficit à 5% du PIB sera "atteinte" pour 2027, assure le Premier ministre dans un entretien au Figaro, diffusé à l'issue d'un séminaire gouvernemental à Matignon.
La marche est donc haute car en 2026, le déficit devrait déraper à 5,4%, selon Bercy, après 5,1% l'an dernier.
Ces orientations étaient particulièrement attendues avec un débat parlementaire qui doit s'ouvrir dès octobre et s'annonce bouillant, en pleine campagne pour l'élection présidentielle.
Le Premier ministre doit construire ses budgets (de l'Etat et de la Sécurité sociale) sous une multitude de contraintes, y compris internationales, comme la flambée des prix des carburants, qui attise les mécontentements.
Le président Emmanuel Macron a d'ailleurs convoqué vendredi les chefs de partis pour les informer des derniers développements.
Sans mesures d'économies, "le déficit 2027 tutoierait les 6,5% du PIB", prévient M. Lecornu, alors que la charge de la dette sera alourdie l'an prochain de "10 milliards d'euros" et que le spectre d'une crise financière venue des Etats-Unis a ressurgi.
Le vieillissement de la population impacte aussi "les comptes sociaux", pointe-t-il et "sans mesures correctives, les dépenses de la Sécurité sociale seraient en hausse de 22 milliards d'euros".
L'Etat doit être "exemplaire" et il "contribuera en premier à l'effort" mais un freinage des dépenses de fonctionnement sera aussi demandé aux collectivités locales.
Quant aux retraités, qui participeront aussi à un effort "inférieur" à 6 milliards, c'est le Parlement qui tranchera entre une désindexation des pensions sur l'inflation, ou la suppression d'un abattement de 10% dont ils bénéficient.
M. Lecornu n'exclut pas non plus un "gel" des "retraites les plus importantes" ou des APL (aides personnelles au logement).
A gauche, la cheffe de file des députés France insoumise (LFI) Mathilde Panot brandit déjà la censure contre un "budget de coupes budgétaires qui va encore faire souffrir les gens", "un baroud d'honneur macroniste qui nous dirige droit dans le mur", selon le président de la commission des Finances Eric Coquerel (LFI aussi).
Mais Sébastien Lecornu promet de ne pas utiliser le 49.3 ni les ordonnances --qui permettent de faire passer le budget sans vote-- s'il n'y a pas "d'obstruction parlementaire".
Mettant en garde les oppositions, tentées de le renverser, il redit qu'aucun candidat à la présidentielle "ne peut souhaiter hériter d'un désordre absolu et hors de contrôle".
Ces annonces sont la promesse d'une "potion d'austérité", et "l'inverse de ce que propose" le PS, a réagi son porte-parole, le député Arthur Delaporte.
Le patron du Parti communiste Fabien Roussel a dénoncé un budget de "casse sociale" fait "pour les riches".
Clin d'oeil au Rassemblement national, dont la candidate Marine Le Pen a fait des ouvertures vers une non-censure, M. Lecornu propose d'instaurer un délai de "carence" pour le versement de certaines allocations aux étrangers.
Pour autant, il assure que la leader d'extrême-droite reste son "principal adversaire" et qu'il "n'entre donc pas dans une négociation politique avec son parti".
Le président du RN Jordan Bardella a dit craindre un budget qui "va accroître les difficultés financières" du pays.
Défendant la "stabilité fiscale", M. Lecornu précise même que la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises diminuera pour rapporter 5 milliards d'euros par an, au lieu de près de 8 actuellement.
Le ministère du Travail devra quant à lui réaliser "2,5 milliards d'euros d'effort", tandis que le point d’indice des fonctionnaires "sera gelé".
Ce qui a fait bondir la patronne de la CGT, Sophie Binet, qui a dénoncé "un scandale" et appelé à une "journée noire" le 29 septembre, date d'un appel à la grève dans la Fonction publique.
Côté Sécurité sociale, M. Lecornu compte sur "des efforts sur les arrêts maladie, pour environ 2 milliards d’euros" et sur la réforme des ruptures conventionnelles.
Anthony Morlet-Lavidalie, de l'institut Rexecode, réputé libéral, s'étonnait auprès de l'AFP jeudi soir du "tendanciel" de déficit public de 6,5% en 2027 évoqué par le Premier ministre - le niveau qu'atteindrait le déficit si le budget ne contenait aucune mesure d'économie -, justifiant le redressement sévère de 54 milliards d'euros.
Cela représente un glissement "colossal" de 1,1 point de PIB par rapport au 5,4% de 2026, selon lui.
"On est en train de rendre presque non-démocratique le processus budgétaire, en raison de concepts toujours plus fumeux et difficiles à contre-expertiser", critiquait-il.
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