Face à Trump, Macron et Carney veulent un rapprochement "profond" de leurs deux pays
Emmanuel Macron et le Premier ministre canadien Mark Carney ont défendu dimanche depuis Saint-Pierre-et-Miquelon, petit territoire français de l'Atlantique Nord, la "souveraineté" de leurs pays et plaidé pour un "rapprochement" bilatéral "profond" face aux rodomontades permanentes de Donald Trump.
"Nous croyons ensemble que nos pays sont deux grandes nations indépendantes et qui veulent le rester", a déclaré le président français au côté de son hôte venu en voisin.
"L'histoire se souvient de ceux qui défendent leur souveraineté", a renchéri le Premier ministre après s'être incliné devant le monument à la mémoire des engagés volontaires de la France libre. Il faut que "nous puissions vivre comme nous l'entendons, en nous fondant sur les valeurs que nous partageons", a-t-il martelé.
Si son nom n'a pas été prononcé, le président américain était dans toutes les têtes après ses multiples menaces d'annexion contre le Canada. Il a aussi jeté un froid en publiant une carte couvrant du drapeau américain toute la région, y compris Saint-Pierre-et-Miquelon.
"Dans toute la région, nous avons un défi qui est celui de se faire respecter", a insisté Emmanuel Macron dans un discours aux Saint-Pierrais en rappelant la crise autour du Groenland avec les Etats-Unis.
Ce petit archipel est entré dans l'histoire en se ralliant à la France libre en 1941 à l'initiative du général de Gaulle et contre la volonté du président américain Franklin D. Roosevelt qui souhaitait préserver le statu quo avec le régime de Vichy.
"Nous croyons l'un et l'autre dans la démocratie, l'état de droit, le respect du droit international, le respect du commerce libre et équitable, la science sur laquelle reposent nos décisions et l'autonomie stratégique que nous défendons", a poursuivi Emmanuel Macron quand Donald Trump mène une guerre commerciale sans merci contre le Canada.
Dans ce contexte, la France et le Canada vont oeuvrer à "un rapprochement profond" en matière de "pêche", de "sécurité" et "d'énergie", a-t-il assuré. Mark Carney a aussi souhaité "resserrer (les) liens" entre les deux pays, comme il l'avait déjà entrepris jeudi avec l'Union européenne.
En pleine tension sur le prix des carburants, M. Macron, à la recherche d'autres sources d'approvisionnement en raison du conflit au Moyen-Orient, a remercié M. Carney d'avoir "si vite répondu" à sa demande d'avancer "sur des projets très concrets", "le Canada étant un grand pays producteur".
"Les projets canadiens de gaz naturel liquéfié (...) sont importants pour notre Europe et contribueront à ouvrir de nouvelles perspectives entre nos deux pays", a-t-il souligné.
Le chef de l'Etat français a aussi appelé les Saint-Pierrais à ouvrir une "nouvelle étape" dans la relation avec le Canada, malgré la "défiance", le ressentiment laissés par la "guerre à la morue" dans les années 80 et l'imposition d'un moratoire par Ottawa, qui a ruiné la filière locale.
Ce petit archipel de 5.800 habitants miné par la fin de l'âge d'or de la pêche à la morue conjugue vie chère, déclin démographique et menace climatique.
Martelant que le climat "doit rester le combat du siècle", le président s'est rendu dès le début de sa visite au village de Miquelon (600 habitants), qui a commencé à relocaliser ses habitants un kilomètre et demi plus loin devant la montée des eaux.
Lors d'une rencontre avec des pionniers de ce grand déménagement, qui ont déjà construit leur nouvelle maison, le chef de l'Etat a promis d'accélérer le projet, avec une nouvelle phase destinée à achever la relocalisation de la moitié de la population "à l'horizon 2033". Emmanuel Macron, qui quittera l'Elysée en mai, n'a toutefois pas précisé pour quel montant.
Pour l'heure, une dizaine de maisons ont été construites. Mais le projet s'annonce long et il est loin de faire l'unanimité. "Ca crée une tension entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre", résume une habitante de 73 ans, Lise Leloche.
Il a en revanche annoncé 19 millions d'euros pour la rénovation du port de Saint-Pierre, dont un quai menace de s’effondrer.
Et esquissé l'ambition de créer dans l'archipel une "économie des données, de développer des acteurs du numérique derrière, des data centers".
Pour cela, l'entreprise française SCLES "travaille sur un câble reliant la Bretagne à New York qui passera par Saint-Pierre", a-t-il dit, en annonçant un investissement de l'Etat dans les premières études.
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