"Michel qui ?" Michel Fournier, ministre malgré lui de retour dans ses Vosges
Il aura passé près d'un an au gouvernement. Mais certains députés peinent encore à mettre un visage sur son nom. A l'heure de quitter ses fonctions, Michel Fournier referme une parenthèse gouvernementale aussi discrète qu'atypique.
Au point de se demander si ce maire des Vosges, propulsé au sommet de l'Etat, a vraiment été ministre, même si certains regretteront le côté "rafraîchissant" de cet homme "pas carriériste".
"Michel qui ?", s'amuse le député de Savoie Jean‑François Coulomme (LFI), interrogé par l'AFP su sujet du ministre délégué à la Ruralité.
"Il fait partie de cette cohorte de ministres, sous‑ministres et secrétaires d'État dont nous ne connaissons ni le visage ni le nom, qui apparaissent au moment d'un texte sur un banc et disparaissent aussi vite que les champignons", tacle l'opposant.
A 76 ans, le maire sans étiquette depuis 1989 des Voivres, commune vosgienne de 300 habitants, devrait reprendre la présidence de l’Association des maires ruraux de France (AMRF), qu’il occupe depuis 2020 et dont il s’était mis en retrait en devenant ministre.
Dès sa nomination en octobre, le ton est donné : M. Fournier découvre son entrée au gouvernement... à la télévision. Il se rend à Paris pour la passation de pouvoir au volant de sa Volvo personnelle.
Le maire a été choisi par Sébastien Lecornu pour porter la voix des campagnes au sein de son équipe, répondant à la volonté affichée du Premier ministre d'ouvrir son gouvernement à des profils de terrain, moins marqués politiquement.
Issu d'une famille d'agriculteurs, Michel Fournier est tour à tour ouvrier agricole, poseur de volets roulants ou agent des douanes, avant de devenir agent commercial puis fleuriste. A 33 ans, il fait ses premiers pas en politique comme conseiller municipal d'opposition à Voivres.
"La vie à Paris ou travailler à Paris ne m'a jamais attiré", confiait Michel Fournier à Vosges Matin, peu après sa prise de fonction. "Tout à l'heure, j'ai été m'asseoir sous des arbres en attendant d'entrer au Sénat parce qu'à un moment donné je ne peux pas rester de bureau en bureau".
Il était capable de tutoyer les préfets et les préfètes ce qui pouvait parfois décontenancer ces derniers, et "n'avait pas peur de dire ce qu'il pensait", sans toujours tenir la ligne gouvernementale, raconte un conseiller gouvernemental, qui retiendra sa "sympathie".
Rarement aperçu à l'Assemblée nationale, Michel Fournier a quand même marqué les esprits au Palais Bourbon lorsqu'il a soutenu en mai, au banc des ministres, une proposition de loi sur la montagne.
Alors qu'il défend la position du gouvernement sur un amendement relatif à des fermetures de classes, une députée s'étonne de son avis défavorable.
"Je tiens à rappeler que je ne donne que l'avis du gouvernement", lance-t-il alors.
"Ah, ce n'est pas le vôtre ?", lui répond la députée avant que les remarques ne fusent, à gauche, comme à la droite de l'hémicycle: "Vous n'êtes pas au gouvernement ?", "Ce ministre est formidable, on l'adore !".
Une absence de formatage qu'une autre conseillère au gouvernement regrettera: "C'était rafraîchissant d'avoir un ministre qui représente réellement la ruralité, qui n'est pas un technocrate et qui sait de quoi il parle".
"J'ai peut-être été trop discret", reconnait-il auprès de l'AFP. "Mais j'ai fait un travail en profondeur. Je ne suis pas un carriériste ni là pour durer. Ce qui m'importait, c'était de faire avancer certains points".
Il se dit fier d'avoir contribué à une meilleure reconnaissance de la ruralité, avec une dotation spécifique pour les communes rurales qui devrait être prochainement annoncée dans le cadre du budget, avance-t-il.
Dès sa nomination, Michel Fournier a prévenu vouloir partir avant octobre 2026 et le congrès des maires ruraux de France.
"Quand tu es maire, tu es dans l'action, tout de suite, tu prends des risques", explique-t-il. A l'inverse au gouvernement, "tout est fait pour ne pas prendre de risque, la structure technocratique ne pense qu'à une chose, se protéger".
Vendredi matin, de retour dans les Vosges et méditant devant un troupeau de vaches, Michel Fournier s'est dit: "je serais resté si le gouvernement s'était installé dans les Vosges".
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