Accord sur le Groenland : Trump crie victoire, les Danois aussi
Des commentateurs danois estiment samedi que l'accord sur la sécurité du Groenland, présenté par le président américain Donald Trump comme accordant à Washington un contrôle permanent dans ce domaine, constitue une victoire diplomatique pour Copenhague.
Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier, Donald Trump a affirmé à plusieurs reprises que les Etats-Unis avaient besoin du Groenland, territoire autonome rattaché au Danemark, pour des raisons stratégiques, provoquant des mois de tensions avec le Danemark, son allié au sein de l'Otan, et l'inquiétude en Europe.
Le président américain a annoncé vendredi que les Etats-Unis, le Danemark et le Groenland avaient conclu un accord qui donnerait à Washington un contrôle permanent sur la sécurité du territoire arctique et empêcherait la Russie et la Chine d'y établir des bases.
Les modalités exactes de l'accord restent floues, mais le Danemark affirme qu'il ne remet pas en cause sa souveraineté.
Alors que Donald Trump salue désormais "un rêve devenu réalité pour les Etats-Unis d'Amérique", des commentateurs danois s'empressent de leur côté de souligner que Copenhague a largement préservé ses intérêts.
"Chut. Ne dites pas à Trump que c'est le royaume du Danemark qui l'a emporté", écrit par exemple Jacob Heinel Jensen, correspondant aux Etats-Unis du quotidien danois Berlingske. "Le plus fou, c'est que les ministres, les diplomates et les fonctionnaires ont réussi à présenter cela à Trump comme une grande victoire personnelle".
Plusieurs commentateurs rappellent que Washington pouvait déjà renforcer sa présence militaire sur l'île, à condition d'en informer préalablement le Danemark et le Groenland, en vertu d'un accord de défense conclu en 1951 et actualisé en 2004.
D'après les informations disponibles, l'accord semble profiter aux trois parties, estime Marc Jacobsen, chercheur au Collège royal de la défense danoise, dans un entretien avec l'AFP.
"Donald Trump peut se présenter comme un vainqueur. Il s'est montré habile en affaires et a poussé le Danemark et le Groenland à accepter un nouvel arrangement", explique M. Jacobsen. "L'expérience nous a appris qu'il doit apparaître comme un vainqueur, notamment sur le plan intérieur, pour pouvoir se sortir de ce genre de situation."
C'est d'autant plus important, selon le chercheur, que Donald Trump doit déjà composer avec une guerre impopulaire contre l'Iran et un conflit commercial avec le Canada.
"Il n'a aucun intérêt à ouvrir un nouveau front contre le Groenland, et éventuellement une guerre commerciale avec l'Union européenne", poursuit le chercheur, en référence aux inquiétudes suscitées par des déclarations du président américain plus tôt cette année.
Pour le Groenland, l'obtention de compensations économiques supplémentaires en contrepartie d'une présence militaire américaine accrue constituerait une "victoire importante", selon lui.
"Pour le Danemark, il s'agira surtout d'apparaître comme un partenaire fiable, aussi bien pour le Groenland que pour les Etats-Unis", indique-t-il.
Torsten Jansen, spécialiste des Etats-Unis pour la chaîne TV2, estime quant à lui que Donald Trump n'a rien obtenu qu'il n'aurait vraisemblablement pu obtenir par les voies diplomatiques habituelles.
"Même si Trump tente de présenter cela à grand bruit comme une victoire, il s'agit, à mes yeux, d'une défaite spectaculaire", affirme-t-il, cité par sa chaîne.
Concrètement, l'accord signifie que l'éventualité d'une annexion du Groenland par les Etats-Unis "n'est plus sur la table", selon Marc Jacobsen, mais, à en juger par la présentation qu'en a faite Donald Trump, le texte ne devrait pas non plus changer grand-chose sur le terrain.
Pendant la guerre froide, les Etats-Unis ont déployé jusqu'à 25.000 militaires et disposé de 17 bases au Groenland, ce qui montre qu'un renforcement de leur présence militaire y était déjà possible, a-t-il expliqué.
Donald Trump a également assuré que l'accord empêcherait les adversaires des Etats-Unis, en particulier la Chine et la Russie, d'établir des bases sur l'île.
Marc Jacobsen rappelle que le Danemark avait déjà empêché, en 2016, une entreprise chinoise d'acheter une ancienne base militaire au Groenland.
A Copenhague, Kathrine Rasmussen, une avocate de 47 ans, confie à l'AFP espérer que cet accord permette de clore le débat.
"Ce serait bien de pouvoir mettre fin à ces discussions. Ce serait déjà une bonne issue, afin que nous puissions passer à autre chose".
Latest stories
Sports Martin wins Austrian MotoGP sprint after Acosta crash
Jorge Martin won Saturday's Austrian MotoGP sprint race to retake the championship lead from Marc Marquez, after Pedro Acosta crashed...
Video Spanish fans come out for Shakira as she caps world tour with 12-show Madrid run
Shakira kicks off a marathon 12-concert run in Madrid, bringing an end to both her world tour and the Colombian superstar’s eight-year absence from Spain. The 49-year-old "Hips Don't Lie" and "Waka Waka (This Time For Africa)" singer will take to a temporary 50,000-seater "Shakira...
Video 'Enough is enough': Thousands join vigils in South Africa for gender violence victims
Thousands gather at vigils in Cape Town and Tembisa for victims of gender-based violence in South Africa as a string of murders in Gauteng province fuel public anxiety. Police have imposed a lockdown in Kempton Park in the Ekurhuleni municipality and officers mounted roadblocks after three of the bodies were found this week. South Africa, a nation of 62 million people, has some of the highest...